tintinLe dernier salon européen du Livre de Dijon fut l'occasion de présenter au public un premier volume de Tintin en langue bouguignonne. Une très plaisante initiative, qui montre que la très riche tradition littéraire bourguignonne patoisante est toujours bien vivante.

Extrait de l'article du Bien Public (30 novembre 2008) :

"(...) Et l'un des événements, et non des moindres, est la présentation en avant-première au cours de ce Salon de la traduction en bourguignon des Bijoux de la Castafiore (Lés ancorpions de lai Castafiore, en patois dijonnais dans le texte).
Faire connaître…
L'idée en revient à une bande de fanatiques, des « tintinophiles » tombés dedans quand ils étaient petits et qui ne s'en sont pas remis. Daniel-Henri Vincent, Nicolas Poussy, Jean-Louis Lamy, qui se rencontrent sur un Salon de collectionneurs, fondent l'association la Confrérie aux pinces d'or (et un site internet www.pinces-dor.fr) au début de cette année et multiplie discussions, échanges, et autres.
Et pour mieux faire vivre leur héros… et le marier, lui qui ne le fut jamais, à leur deuxième grande passion qu'est leur région, ils ont l'idée de faire traduire l'un de ses albums en dialecte bourguignon.
« C'était une façon de faire connaître une langue régionale que même les gens d'ici ne connaissent plus », explique Daniel-Henri Vincent.
Dès lors que l'accord des héritiers d'Hergé et de la maison d'édition Casterman était acquis, il fallait se mettre d'accord sur l'album qui serait traduit. Ce fut les Bijoux de la Castafiore, dont les paysages, explique Jean-Louis Lamy « se rapprochent beaucoup de nos paysages bourguignons »...
Traduire dans l'esprit
Ils trouvèrent ensuite un traducteur : et ce fut le professeur Taverdet, éminent spécialiste du domaine linguistique bourguignon… et, cela tombe bien, passionné lui aussi par Tintin. « Les invectives, c'était sans doute le plus facile à traduire », explique le linguiste qui, avant d'être chercheur au CNRS, commença par apprendre la langue auprès de sa grand-mère. « En Saône-et-Loire, cela aurait été peut-être plus difficile. Mais en Côte-d'Or, on a ce qu'il faut… » La vraie difficulté vient semble-t-il de passer d'une langue d'un niveau normal à une langue de paysan. « Chez Hergé, par exemple, il est très souvent question de congrès… quelque chose qu'on ne connaît pas en patois. En revanche il y a la paulée ! », explique Gérard Taverdet.
Quant à la boucherie Sanzos… elle devient Tirefort : « C'est une mauvaise viande pleine de nerfs », explique le linguiste.
Que les tintinophiles pas totalement bilingues se rassurent : un glossaire a été ajouté à la fin de l'album… et ils peuvent le découvrir encore aujourd'hui, présenté en avant-première, au Salon du livre à Dijon."

J. REMY