Si nos ancêtres Gaulois célébraient dans le courant du mois d'août Lugnasad ("fête de Lug"), la grande fête de la moisson, les Bourguignons d'aujourd'hui n'ont pas renoncé aux festivités traditionnelles en cette période de l'année. La fête du 15 août reste partout bien vivante, et à Bèze (Côte-d'or), du 15 au 17 août, on allie volontiers tradition, gastronomie, humour et religion, conformément à l'esprit bourguignon. Récit de la fête de l'andouille et du cornichon par Armel de Sansal du Bien Public.

Bèze : ses tripes, ses cucurbitacées et ses têtes couronnées

La messe du 15 août a lancé les festivités, en plein air, au lieu même où dans la soirée ont été couronnés la reine des andouilles et le roi de cornichons. A Bèze, le sacré est multiforme. Durant l'office, au milieu des rangs, des chants particuliers se sont fait entendre. La bénédiction de Saint-Roch qui devait achever la célébration a attiré des paroissiens pour le moins inhabituels. Chiens, ânes, chevaux et… Albert le cochon, béni dans sa cage avant de se voir offrir une tranche de pain provenant de la même miche que celle distribuée aux fidèles au cours de la communion. A la fête des Andouilles et des Cornichons, les Bèzois ne sont pas à une originalité près. Le loufoque prévaut et ce dogme est valable même en matière de liturgie.

Les élus à la fête de l'Andouille

Arrivés tôt sur place, des élus du département sont venus manifester leur soutien à cette emblématique manifestation. Louis de Broissia a semblé passer aisément de l'accueil du dalaï-lama à la fête des Andouilles et des Cornichons. « C'est sans aucun problème » a-t-il assuré. « C'est la vie, sur le plateau tibétain comme dans mon canton. »
Parmi les inconditionnels venus à la première heure figure Robert Perron, ancien président des amis de Bèze. Il se souvient encore des débuts de la fête. « Nous avons commencé avec peu de chose. 20 kg d'andouilles dans une gamelle posée sur un trépied à l'ombre des arbres qui bordent la source. » Trente-six ans après, la manifestation a bien évolué. Les stands ont poussé et l'événement attire même quelques exposants venus de contrées plus lointaines, spécialistes des tripes et autres abats.

Tripes en folie

Raphaël, nommé La Rafale, est venu tout droit de Sisteron pour proposer ses tripes à la provençale et civets de porcelet à l'ancienne. Tout est bon dans le cochon. Un 15 août à Bèze suffit pour en acquérir la conviction. Les pancettes d'agneau farcies ou les andouilles de Charlieu (à base de cœur de bœuf) apportent aussi un peu de variété… Comme chaque année, plus de cinq cents repas ont été servis sous le grand chapiteau, dans une forte odeur de panse.

Andouilles rincées

La compétition tant attendue avait lieu à 18 heures. Pour préparer ce grand moment de culture, les groupes se sont succédé sur le podium et les rangs de spectateurs se sont étoffés.
Vers 15 h 30, une sérieuse rincée s'est abattue sur l'assistance, qui s'est aussitôt réfugiée sous le grand chapiteau. Les groupes ont continué à jouer, l'ambiance était légèrement noyée. La pluie a cessé vers 16 heures et la fête a repris son cours normal avec son lot d'animations, farfelues si possible. A Bèze, l'humour ne se taille pas dans la dentelle, il faut bien un prélude à la moins ragoûtante des compétitions, celle qui n'a aucune chance de devenir discipline olympique.

De l'oignon aux cornichons

cornichonsB_zeLa pluie est à nouveau venue jouer les trouble-fêtes au moment où les candidats se sont penchés pour entamer leur bocal de cornichons. Ils n'en ont dégluti que plus vite. Après le festin, un rideau d'eau a salué le nouveau champion, un habitué des exploits culinaires. Ludovic, vice-champion de l'épluchage d'oignon à Pontailler-sur-Saône est aussi devenu roi des cornichons. Quel palmarès ! Son père, qui l'avait battu en finale aux oignons n'a pas concouru… Sans doute quelques aigreurs d'estomac.
Le nuage est vite passé. Les candidates au titre suprême de reine des andouilles sont montées sur le podium. Le spectacle n'est pas des plus gracieux, mais le public apprécie. L'andouille entière saupoudrée de farine est déchiquetée avec acharnement et engloutie par des candidates à l'appétit solide. Cette année, Chantal a été la plus rapide.
La date peu avantageuse et le temps mitigé n'ont en rien découragé le public. Les bénéfices pourront, comme chaque année, être versés à la famille de Hugo. La vie se plaît à mêler le burlesque à la plus grande dignité. La solidarité de tous envers Hugo, jeune garçon handicapé qui doit se soigner aux Etats-Unis, revêt ainsi la forme du burlesque. Hugo n'était en tout cas pas le dernier à sourire.

Armel de SANSAL